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La communion dans la main ou quand les conférences épiscopales se moquent de la loi romaine
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La communion dans la main ou quand les conférences épiscopales se moquent de la loi romaine

Guillaume Luyt
5 mai 2018

Le sujet n’est pas nouveau mais la publication en Italie d’un livre de don Federico Bortoli, prêtre du diocèse de Saint-Marin, rappelle que la pratique de la communion dans la main n’est pas la norme de l’Église mais une exception généralisée à la suite d’une série quasi ininterrompue d’indults concédés aux conférences épiscopales.

Sur la communion dans la main, les précieux petits livres commis par Mgr Schneider en 2008 et 2013 (Dominus Est et Corpus Christi) constituent incontestablement le plus efficace des antidotes théologiques et spirituels. Le livre de don Bortoli (*), préfacé par le cardinal Sarah, s’attache quant à lui à la dimension historique, juridique et pastorale de cet abus devenu praxis courante de l’Église.

Les archives du nonce en Allemagne

Ce livre, qui est en fait la thèse de doctorat en droit canon de l’auteur, rejoint celui dans lequel Mgr Juan Rodolfo Laise justifie son refus, en 1996, de se plier à l’injonction de la conférence épiscopale argentine l’intimant d’introduire cette pratique qui mine la foi en la présence réelle de Notre Seigneur dans son diocèse de San Luis. Sorti en français en 1999 (La communion dans la main, documents et histoire – Centre international d’études liturgiques), le livre de Mgr Laise n’a été publié en italien qu’en 2016 mais dans une version revue et enrichie, notamment d’une préface de Mgr Schneider.

Don Bortoli, comme Mgr Laise, publie et analyse de nombreux documents inédits. Là où Mgr Laise partageait la correspondance échangée avec le Saint-Siège, lui donnant raison contre sa conférence épiscopale nationale au nom de la primauté de son obéissance à la tradition romaine, don Bortoli ouvre le fonds, demeuré jusqu’ici secret, des archives du cardinal Bafile. Nonce apostolique en Allemagne de 1960 à 1975, Mgr Bafile fut le témoin privilégié des manœuvres de l’épiscopat allemand pour, dans un premier temps, favoriser la diffusion de la pratique de la communion dans la main au niveau national puis, dans un second, en liaison avec les autres conférences épiscopales les plus progressistes (Hollande, Belgique et France), obtenir de Rome la légitimation de cet abus par l’octroi d’indults nationaux.

La publication du livre de don Bortoli et le débat qui l’entoure en Italie illustrent à merveille trois des thèmes à la lueur desquels Infovaticana se propose, depuis Rome, de vous informer de la vie de l’Église :

– le danger du nationalisme ecclésiastique, à savoir la réduction voire la sujétion du magistère de l’Église aux logiques particulières des conférences épiscopales,

– la prise de conscience par les catholiques italiens (2) d’une crise de l’Église qu’ils ont, à de rares exceptions, longtemps ignorée, se considérant « les enfants du Pape »,

– l’indéfectible lien entre réforme liturgique et révolution doctrinale et, partant, combien le nouveau mouvement liturgique initié par Benoît XVI peut être le moteur d’un renouveau du sensus fidelium.


(1) La distribuzione della comunione sulla mano. Profili storici, giuridici e pastorali (La distribution de la communion dans la main. Analyse historique, juridique et pastorale), Cantagalli, 2018.

(2) Depuis la sortie du premier livre de Mgr Schneider il y a dix ans, la question de la distribution et de la réception de la communion, donc celle la compréhension du mystère eucharistique, est devenue un sujet qui occupe régulièrement les devantures des librairies romaines.

***

« Puisse ce livre encourager les prêtres et les fidèles qui – inspirés par l’exemple de Benoît XVI qui dans les dernières années de son pontificat tint à donner la communion sur les lèvres et à genoux – désirent administrer ou recevoir l’Eucharistie de cette façon, bien plus appropriée à la nature même du sacrement. Je souhaite qu’il puisse y avoir une redécouverte et une promotion de la beauté et de la valeur pastorale de cette modalité. C’est selon mon opinion et mon jugement, une question importante sur laquelle l’Église d’aujourd’hui doit réfléchir. C’est un acte d’adoration et d’amour supplémentaire que chacun de nous peut offrir au Christ, Cela me fait très plaisir de voir tant de jeunes qui choisissent de recevoir Notre Seigneur avec une telle révérence, à genoux et sur les lèvres. »
Cardinal Robert Sarah, préface au livre de don Bortoli, Cantagalli, 2018

communion main

Guillaume Luyt


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