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L’avertissement de Mgr Crepaldi : “La société qui a condamné Alfie Evans ne durera pas”
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L’avertissement de Mgr Crepaldi : “La société qui a condamné Alfie Evans ne durera pas”

Redaction
5 mai 2018

Archevêque de Trieste, Mgr Giampaolo Crepaldi est également le président de l’Observatoire Cardinal Van Thuân, spécialisé dans les questions liées à la doctrine sociale de l’Église. Il vient de publier sur le site de l’observatoire un commentaire sur l’affaire Alfie dont Infovaticana est heureux de vous proposer sa traduction. Aux antipodes des déclarations des évêques britanniques, il s’inscrit parfaitement dans la fidélité à l’enseignement traditionnel de l’Église en matière éthique et morale.

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Dans l’affaire du petit Alfie Evans, que tous ont suivie avec grande appréhension et implication, il est frappant et préoccupant qu’on se soit obstiné à ne pas adopter le comportement requis alors que celui-ci était des plus évidents. Le jugement moral qui s’imposait dans ce cas, sans grande marge d’interprétation possible, était que la vie de l’enfant devait être sauvée et que toutes les personnes concernées, famille et personnel soignant, devaient l’aider à vivre, quelle que soit la précarité de sa situation clinique.

Bien entendu, la situation était complexe en raison de la convergence de toutes les tensions, de la peine et de la compassion humaine qu’elle suscitait. Mais, du point de vue du jugement moral, elle ne l’était pas dans la mesure où il y avait le devoir de l’aider à vivre. Les interventions médicales à son égard ne relevaient en rien de l’acharnement thérapeutique. Le fait de ne pas tenir compte de ces considérations élémentaires de bon sens éthique et de construire des paradigmes moraux artificiels et contradictoires selon lesquels le « bien » de l’enfant pouvait consister en l’arrêt de l’assistance respiratoire, donc en sa mort, n’en est donc que plus choquant. Que la mort puisse être donnée en vue du « bien » d’un enfant innocent demeure une contradiction logique et éthique difficile à expliquer.

Il y a un autre élément de cette triste affaire qui apparaît très clair à la lumière du bon sens naturel et qui est que l’État ne peut pas, même à travers la magistrature, se substituer au droit naturel. La sentence qui a condamné à mort Alfie à travers un acte d’euthanasie n’a pas respecté le droit naturel en au moins deux points : elle a décidé la mort d’un innocent, chose que la conscience universelle a toujours retenue immorale, et elle a soustrait l’enfant à l’autorité de ses parents, le plaçant sous celle de l’État devenu ainsi comme son « maître ». Il s’agit de deux aspects préoccupants qui jettent une lueur trouble sur notre avenir à tous. L’État, à travers ses juges, et bien que la loi britannique ne reconnaisse pas l’euthanasie pour les mineurs, s’est substitué à la volonté des parents, a isolé l’enfant, empêché son transfert et, enfin, procédé à l’arrêt de l’assistance respiratoire. Il est évident qu’un tel pouvoir ne peut appartenir à aucun État et que si c’était le cas nous serions tous en danger.

Le jugement moral et le comportement à adopter étaient, et restent, donc clairs et sans incertitude. Et c’est bien ce qui rend particulièrement si alarmant le fait de ne pas les avoir suivis. Dans cette affaire, le contact avec la réalité et la conscience, avec les vérités du sens commun, s’est perdu. Ses responsables ont oublié toute notion objective de bien. Plus les vérités sont évidentes, plus leur mépris est préoccupant car cela signifie que nos catégories mentales et morales évoluent pour le pire.

Face à de tels faits, celui qui s’occupe de doctrine sociale de l’Église, de justice et de paix dans la société humaine fait l’expérience de l’échec. Dans le lit du petit Alfie, tous les principes de la doctrine sociale de l’Église semblent s’être noyés. Le bien commun disparaît quand on tue un innocent, non pas par accident mais par une volonté officiellement décrétée de l’autorité. Il ne saurait y avoir de subsidiarité quand l’État s’empare d’un enfant au détriment de ses parents. Il ne saurait y avoir de solidarité quand un juge décide du bien d’Alfie en fonction de sa définition personnelle de la qualité de la vie. Il ne saurait y avoir d’option préférentielle pour les pauvres quand c’est précisément un pauvre enfant que l’on assassine. Il ne saurait y avoir de dignité de la personne humaine quand la vie vient ainsi écrasée.

Le jugement condamnant Alfie a éliminé le droit naturel, a fait fi du droit à l’objection de conscience, a balayé la notion de l’objectivité du bien. Seule demeure l’objectivité du pouvoir du nouveau Léviathan. C’est aussi à cela que se sont opposés tous ceux qui, et parmi eux le pape François, ont manifesté sous des formes diverses leur solidarité à Alfie et à sa famille.

Reste que ni la sentence d’un juge, ni l’action d’un gouvernement, ni la décision d’un hôpital, ne pourront changer la vérité et le bien. Même si la sentence anglaise et ses conséquences ne tiennent compte ni de la vérité ni du bien, elles affirment en négatif leur nécessité et de leur urgence. La société qui a condamné à mort Alfie a ses heures comptées : il nous appartient de continuer à préparer l’avenir.

Giampaolo Crepaldi
27 avril 2018

Redaction


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