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Le nationalisme ecclésiastique, une menace pour l’Église
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Le nationalisme ecclésiastique, une menace pour l’Église

Guillaume Luyt
5 mai 2018

Au-delà de l’affaire Alfie

Le destin tragique de Thomas Evans et Kate James, privés par les représentants de la Couronne d’Angleterre de leur autorité parentale sur leur fils Alfie et condamnés à voir leur enfant sacrifié aux intérêts sordides du système de santé britannique – le « sacrosaint » NHS (National Health Service) – comme à l’idéologie d’un juge militant LGBT, doit attirer notre attention sur le réveil inquiétant d’une vieille tentation qui guette l’Église depuis ses origines : le nationalisme ecclésiastique. Celui d’une Église où les intérêts et les caractères nationaux et temporels l’emportent sur l’impératif de préserver l’unité du corps mystique du Christ.

L’avertissement de Mgr Chaput

Lors du synode de la famille en 2015, Mgr Chaput, l’archevêque de Philadelphie, mettait déjà en garde les pères synodaux: « L’Église est catholique, donc universelle. Nous devons respecter les nombreuses différences qui existent parmi les fidèles mais nous vivons à une époque de changement global intense, de grande confusion et d’incertitude profonde. Notre besoin le plus urgent est l’unité et notre plus grand péril est la fragmentation. Frères, il nous faut faire preuve de grande prudence avant de décider de transférer aux conférences épiscopales nationales et régionales d’importantes questions disciplinaires et doctrinales, surtout quand cette évolution s’accompagne d’un implicite esprit d’auto-affirmation et de résistance. » Et, ajouterons-nous, de soumission à l’autorité temporelle comme la conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles vient tristement de le faire tout au long de l’affaire Alfie.

L’archevêché de Liverpool renie ses brebis

Alors que l’affaire Alfie éclate dans les médias britanniques dès la fin janvier 2018, quand les tribunaux de Sa peu glorieuse Majesté refusent de laisser les parents d’Alfie le transférer de l’hôpital Alder Hey de Liverpool à l’hôpital Bambino Gesù de Rome, la conférence épiscopale britannique ne commence à s’y intéresser qu’en avril. Le 13 avril 2018, le service communication de l’archevêché de Liverpool produit en effet une note résumant l’affaire Alfie dans laquelle l’auteur, après avoir indiqué que les catholiques de Liverpool priaient pour Alfie et ses proches, indique que « Mgr Tom Williams, évêque auxiliaire de Liverpool, qui a travaillé comme aumônier d’hôpital pendant des années, a pris contact avec l’aumônerie de l’hôpital Alder Hey pour offrir son soutien au personnel soignant. Il n’a pas rencontré les parents qui, selon nos informations, ne sont pas catholiques. »

Le 13 avril 2018, l’archevêché de Liverpool ignore donc que Thomas Evans et son fils Alfie sont tous les deux baptisés catholiques (Kate est pour sa part protestante). Ce qui semble justifier que le soutien spirituel de l’évêque auxiliaire ne leur ait pas été offert. En somme, à Liverpool, les pasteurs ne connaissent pas leurs brebis et « l’hôpital de campagne » voulu par le pape François s’arrête là où commence le service aux âmes les plus nécessiteuses. Le pire, c’est que lors d’un nouveau jugement rejetant la requête des parents d’Alfie, le 20 février 2018, le juge avait argué de l’appartenance des parents d’Alfie à la religion catholique (seul Thomas en fait) pour appuyer sa décision sur les propos ambigus adressés en novembre 2017 (link4) par le pape François aux participants aux rencontres de l’Association médicale mondiale (AMM) pour l’Europe sur les questions de la fin de vie.

La profession de foi du papa d’Alfie

Le 15 avril, Thomas Evans adresse une poignante lettre publique à l’archevêque de Liverpool dans laquelle il exprime sa « plus grande tristesse » pour n’avoir pas « été reconnu comme enfant de notre sainte Mère l’Église ». « Je suis catholique, s’exclame-t-il, j’ai été baptisé et confirmé et je me tourne vers vous en tant que mon pasteur et vers le Saint-Père en tant que vicaire de Jésus-Christ sur Terre. C’est pourquoi je frappe à la porte de l’Église, demandant de l’aide afin de sauver mon fils de l’euthanasie ! Alfie est baptisé comme moi et comme vous, Votre Excellence. J’aimerais que les prières pour lui et pour nous soient adressées au seul vrai Dieu. J’ai conscience que la mort de mon fils est une réelle possibilité, et peut-être même qu’elle n’est pas très éloignée. Je sais que le Ciel l’attend car je ne peux imaginer le genre de péché que cette âme innocente, cloué à son lit comme à une croix, pourrait avoir commis. »

Si Mgr Malcolm McMahon, archevêque de Liverpool, reste silencieux face à cette vibrante profession de foi, l’évêque d’un petit diocèse italien (Mgr Cavina. évêque de Carpi) va immédiatement saisir son téléphone et obtenir du pape François qu’il reçoive le papa d’Alfie au Vatican le 18 avril 2018. Une semaine plus tard, Mgr McMahon est à son tour à Rome, non pas pour plaider la cause d’Alfie et de ses parents mais pour rassurer le pape sur la qualité des soins prodigués à l’Alder Hey ! Et ce alors qu’entre-temps le gouvernement italien a, dans un geste remarquable, octroyé la citoyenneté italienne à Alfie pour tenter de favoriser son transfert à l’hôpital Bambino Gesù.

La veulerie des évêques anglais

En dépit du fait que Thomas et Alfie Evans soient catholiques, qu’une alternative médicale et diplomatique, très certainement favorisée par l’attention accordée par le pape François au sort d’Alfie, leur soit offerte, l’archevêque de Liverpool choisit de se comporter au mieux comme un zélé diplomate aux ordres de l’excellence du système de santé anglais, au pire comme le vile VRP de l’hôpital Alder Hey. Partisan et non médiateur, distant et non proche de ses brebis, rigide et incapable de discernement, l’archevêque de Liverpool n’a décidément rien des pasteurs que le pape appelle de ses vœux incessamment.

En fait, c’est toute la conférence épiscopale anglaise qui, dans un communiqué diffusé le 18 avril 2018, alors que le pape François reçoit Thomas Evans, a décidé, en conscience, de faire passer les intérêts de l’Alder Hey et du système de santé britannique avant ceux de la famille Evans. Le communiqué n’a en effet d’autre objet que de souligner combien « la professionnalité » de l’Alder Hey est « reconnue » et que les « critiques publiques » à l’encontre de l’hôpital sont « infondées ». La conférence épiscopale va même plus loin, affirmant sa « conviction que tous ceux qui prennent et ont pris les douloureuses décisions concernant Alfie Evans agissent avec intégrité et pour le bien d’Alfie tel qu’ils l’entendent ».

La soumission au pouvoir temporel

Cette phrase, terrible par le relativisme intégral qu’elle exprime, illustre aussi la soumission totale des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles aux intérêts du pouvoir temporel. Il nous coûte d’écrire ces mots car nous savons bien qu’il y a parmi eux de bons prélats. Hélas, aucun n’a eu le courage de se dissocier de l’institution « Conférence épiscopale ». Et c’est en cela que la nouvelle vague de nationalisme ecclésiastique qui menace l’Église est alarmante : non seulement elle sème la zizanie parmi les Églises locales, les dresse contre Rome – comprenez la Rome éternelle, celle qui survivra aux aléas du pontificat actuel comme elle a survécu à ceux du précédent – mais elle étouffe aussi la voix des justes.

Dans une période aussi troublée et confuse que la nôtre – dans comme hors de l’Église –, donner encore plus d’autonomie et de pouvoirs aux conférences épiscopales, comme semble devoir le faire la future constitution apostolique en cours d’élaboration par le groupe de cardinaux réunis autour du pape François , n’est-ce pas mettre gravement en péril l’unité de l’Église et, partant, la singularité de l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Est-ce vraiment ce que veut le Saint-Père ?

Guillaume Luyt


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