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Scandale McCarrick : dès 2004, Mgr Bootkoski savait
Photo diocèse de Metuchen
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Scandale McCarrick : dès 2004, Mgr Bootkoski savait

Redaction
6 septembre 2018

C’est Rod Dreher dans The American Conservative qui nous l’apprend : Mgr Bootkoski, évêque émérite de Metuchen (New jersey), le premier siège épiscopal de McCarrick, a répondu au témoignage de Mgr Viganò dans une déclaration datée du 28 août 2018 qui nous avait échappée.

Dans son document, Mgr Viganò accusait directement « Mgr Paul Bootkoski, évêque émérite de Metuchen, et Mgr John Myers, émérite de Newark, [d’avoir] couvert les exactions commises par McCarrick dans leurs diocèses respectifs et indemnisé deux de ses victimes ». Et Mgr Viganò lançait un appel auquel la déclaration de Mgr Bootkoski constitue une première – et décisive ? – réponse : « Ils ne peuvent pas le nier et doivent être interrogés pour que soient établies toutes les circonstances et les responsabilités relatives. »

Voici donc ce que dit Mgr Bootkoski dans sa « Réponse au témoignage de Mgr Viganò ».

Metuchen, NJ, 28 août 2018 – L’évêque émérite Paul G. Bootkoski déclare que l’archevêque Carlo Maria Viganò, ancien nonce apostolique aux États-Unis, s’est trompé dans sa reconstitution des faits regardant les abus commis par l’archevêque McCarrick. Durant son mandat à Metuchen, Mgr Bootkoski a pris les mesures suivantes :

  • le diocèse de Metuchen a reçu la première des trois plaintes formulées à l’encontre de McCarrick en 2004, alors qu’il était déjà cardinal à Washington,
  • le diocèse a promptement transmis chaque dénonciation à la justice des comtés concernés dans les différents États où les abus dénoncés avaient été perpétrés,
  • les plaintes reçues par le diocèse de Metuchen au sujet du cardinal McCarrick ont été communiquées au représentant du Saint-Siège aux États-Unis, l’archevêque Gabriel Montalvo, en décembre 2005. À cette date, un accord avait déjà été conclu dans un cas et un autre cas était sous investigation [diocésaine],
  • Mgr Bootkoski informa Mgr Montalvo par téléphone puis par écrit le lendemain. L’échange est documenté par une lettre de Bootkoski à Montalvo datée du 6 décembre 2005,
  • une note de deux pages, attachée à la lettre de Mgr Bootkoski, détaillait trois dénonciations individuelles portées par des adultes contre McCarrick. Les plaignants n’ayant pas donné au diocèse la permission de publier le contenu de cette note, voici un résumé de ce qui a été communiqué à la nonciature en décembre 2005 :
    • un prêtre du diocèse de Metuchen, par la suite réduit à l’état laïc, dénonce un contact physique inapproprié de McCarrick à son encontre,
    • un ancien séminariste du diocèse rapporte avoir entendu des rumeurs sur des soirées organisées à la maison que le cardinal McCarrick à sur le littoral du New Jersey mais indique n’y avoir jamais participé et ne pas les juger crédibles,
    • un prêtre diocésain, par la suite relevé de son ministère en raison d’abus sur mineurs commis dans les années 90, reproche à McCarrick des contacts physiques inappropriés, y compris sexuels, quand il était séminariste, ainsi qu’à l’envers d’autres prêtres du diocèse.

Toute affirmation prétendant que Mgr Bootkoski n’aurait pas transmis aux autorités ecclésiastiques ou civiles concernées les accusations contre le cardinal Mc Carrick est incorrecte.


Parce que le véritable scandale ce n’est pas qu’un archevêque ait demandé la démission du pape – c’est, au pire, une idiotie qui nuit à la substance des révélations de Mgr Viganò puisqu’elle offre à la camarilla vaticane une défense facile en indiquant le doigt au lieu de questionner la lune – mais qu’un des plus puissants membres du collège des cardinaux ait pu vivre impunément dans la perversion en abusant de son autorité et des millions qu’il déversait sur le Saint-Siège, la mise au point de Mgr Bootkoski est une bonne nouvelle pour la recherche de la vérité car elle confirme :

  • primo, que l’Église savait, au moins dès 2004 pour ce qui regarde le diocèse de Metuchen,
  • secundo, que le nonce Montalvo a été informé des plaintes pesant sur McCarrick au moins en décembre 2005,
  • tertio, que des documents existent et que l’Église devrait si ce n’est les révéler au moins les consulter pour se rafraîchir la mémoire,
  • quarto, que les crimes sexuels font boule de neige et que, plus facilement qu’ailleurs, la victime devient bourreau comme le prouve le cas du séminariste objet des attentions de McCarrick avant, à son tour, d’abuser de jeunes fidèles.

Bref, la réponse de Mgr Bootkoski à Mgr Viganò constitue une confirmation de la crédibilité et de la gravité des accusations du courageux nonce : l’Église savait et n’a rien fait. Il est temps de briser cette conjuration du silence en en démontant patiemment les rouages, quitte à s’interroger sur les zones d’ombre du long pontificat de Jean-Paul II, en particulier sur l’impunité que certains clercs indignes, Maciel et McCarrick en tête, ont su s’acheter au Vatican. Le pape actuel semble résolu à ne pas le faire. C’est dommage pour l’Église qui, fort heureusement, lui survivra. En revanche, ce sera fatal pour lui car même ses courtisans les plus enthousiastes finiront par le lui reprocher.

(photo diocèse de Metuchen : McCarrick entouré de Mgr Bootkoski à gauche et de Mgr Checchio, l’actuel titulaire)

Redaction