Infovaticana
CHRONIQUES CHINOISES 2
a2, Articles

CHRONIQUES CHINOISES 2

Aurelio Porfiri
18 septembre 2018

Pour Taïwan, la signature de l’accord entre Pékin et le Vatican serait imminente…

D’après le site philippin inquirer.net, l’accord entre la Chine et le Vatican pourrait être signé d’ici octobre. C’est du moins ce qui ressort d’un article rapportant les propos du ministre des affaires étrangères taïwanais, repris par de nombreux organes de presse. L’accord prévoirait la reconnaissance par Pékin du pape comme chef de l’Église catholique en échange de la possibilité pour le pouvoir communiste de contrôler les nominations des évêques dans le pays. Pékin pourrait ainsi bloquer tout nom de prêtre potentiellement critique de la situation chinoise actuelle.
Si tel devait être le cas, cet accord se produirait non pas dans un moment de détente mais de forte accentuation du contrôle exercé sur les religions. L’indigne catholique amoureux de la Chine que je suis le dit comme il le ressent : s’il en était ainsi, il ne s’agirait pas d’un signal de réconciliation mais d’une blessure profonde qui risquerait de ne jamais cicatriser. Veni Sancte Spiritus

Un avis qualifié sur la sinisation telle que la conçoit Pékin

Le Père Charbonnier, MEP, est un sinologue reconnu. Voici quelques lignes qu’il a eu la bonté de m’adresser en réponse à mes différentes interrogations sur ce que devrait être la sinisation.
C’est un fait que l’expression de la foi dans la tradition culturelle chinoise ne date pas d’aujourd’hui et peut prendre bien des formes. C’est vrai que beaucoup de Chinois, à Singapour et à Hongkong, apprécient le grégorien. La chorale de l’église du Beitang à Pékin touve grand plaisir à chanter l’Alleluia de Haendel. Mais le gouvernement chinois s’intéresse peu à ces aspects culturels. Sinisation en politique veut dire soumission absolue au Parti et à son dirigeant. Le seul élément de sinisation est l’usage abusif des normes confucéennes de l’obéissance absolue des sujets au souverain.
Une légion de martyrs chinois ont témoigné que Dieu seul est tout-puissant, qu’il faut l’aimer par-dessus tout, que l’amour libère des contraintes du système patriarcal sanctionné autrefois par le sacrifice en l’honneur des ancêtres. La piété filiale confucéenne (xiaodao) peut en fait s’épanouir dans la relation trinitaire du Fils au Père, d’où sort la voie d’amour et de pardon. Le respect des parents et des autorités civiles n’arrive qu’au 4ème commandement. Seul le Dieu Amour sauve. La loi et les rites ne peuvent qu’aider à en témoigner.
Beau témoignage d’un missionnaire qui a étudié toute sa vie durant le rapport entre la Chine et le christianisme.

Les Chinois dépourvus de système D

Cette semaine encore, je fais mienne une réflexion de Massimo Donda : « Ces travailleurs, dont la seule fonction est d’exécuter, se révèlent totalement dépaysés quand il s’agit de prendre la moindre décision face à un imprévu. Ils se rigidifient, abandonnent la chaîne de production à elle-même en interrompant leur tâche, ne savent pas quoi faire pour remédier à la difficulté et rechignent même souvent à faire appel à un tiers pour s’en sortir. » Qui connaît la Chine a en effet souvent cette impression : que les Chinois sont incapables de penser « outside the box », de sortir du cadre. Le scientifique et sinologue britannique Joseph Needham étudia ce phénomène en s’interrogeant sur ce qui avait fait perdre au monde chinois l’avance qu’elle avait jusqu’à la Renaissance sur le monde européen. Les Chinois sont d’excellents exécutants (et, jusqu’à une certain point, de bons imitateurs) mais ont besoin d’un cadre bien balisé pour travailler.

Liberté de la presse, cette inconnue chinoise

Il y a quelques temps, j’ai envoyé par courrier électronique quelques-uns de mes articles sur la Chine à des amis, dont certains vivent en Chine. L’un d’entre eux, qui habite à Pékin, m’a dit qu’il ne pouvait ouvrir un article publié sur AsiaNews dans la mesure où ce site est tout bonnement inaccessible. De fait, je me souviens que, quand j’étais à Shanghai, il était impossible d’accéder à de nombreux sites catholiques, dont celui du Vatican.
Le P. Cervellera, directeur d’AsiaNews justement, indique que de nouvelles restrictions contre le prosélytisme numérique sont en vigueur depuis le 10 septembre. « L’évangélisation en ligne sera désormais interdite. Le bureau chinois des affaires religieuses a communiqué de nouvelles directives qui interdisent la diffusion en direct (streaming) de cérémonies religieuses, y compris les prières, les prêches et même le fait de brûler de l’encens. Les nouvelles règles interdisent aussi quelques contenus sensibles. Il est ainsi défendu : de poster la moindre critique à la direction du Parti comme à la politique religieuse officielle ; de mettre en avant la participation de mineurs à une cérémonie religieuse ; d’utiliser la religion pour renverser le régime socialiste. » Ces nouvelles règles ont été publiées sur le site d’information juridique du gouvernement chinois et relayées sur le site anglophone du gouvernement sous le titre : « Projet de renforcement des règles en matière religieuse ». Bref, la Chine s’ouvre et se ferme à la façon dune porte coulissante…

Les persécutions anti-chrétiennes ne s’arrêtent pas

Un article du New York Post du 10 septembre, reprenant une dépêche de l’Associated Press, parle des difficultés actuelles des chrétiens en Chine.
« Sous le président Xi Jinping, le plus puissant dirigeant chinois depuis Mao Zedong, les croyants voient leurs libertés se réduire de manière dramatique alors même que le pays connaît une renaissance du sentiment religieux. Les experts et les militants affirment que Xi, occupé à consolider son pouvoir, mène la plus sévère et systématique répression du christianisme dans le pays depuis que la liberté de religion a été inscrite dans la constitution chinoise en 1982. Fu [responsable de l’ONG China Aid] a également fourni des vidéos de ce qui semble être des piles de bibles en feu et des images de formulaires indiquant que les signataires avaient renoncé à leur foi chrétienne. Il a déclaré que c’était la première fois depuis la Révolution culturelle (1966-1976) que les chrétiens étaient obligés de faire de telles déclarations, sous peine d’expulsion de leurs enfants de l’école et de perte des allocations sociales. »
Il est hélas difficile de prévoir une issue à cette politique. L’accord éventuel entre Pékin et le Saint-Siège pourrait même la légitimer davantage…

Persécutions, encore et toujours

Le Macau Daily Times aussi s’occupe de ce climat antireligieux dans un article du 14 septembre 2018. Sous le titre « Pour les observateurs, la répression religieuse met en danger le projet chinois de « Société harmonieuse » », la journaliste Lynzy Valles donne la parole au P. Franz Gassner, théologien de l’Université Saint-Joseph, au politologue Larry So et à votre serviteur. Pour ma part, j’ai indiqué que, comme l’ont noté bien des spécialistes, ces réactions contre la religion pouvaient être le signe de la peur du régime face au réveil religieux en Chine.


Les chroniques chinoises du maestro Aurelio Porfiri sont originellement publiées sur le blog de Marco Tosatti.

Aurelio Porfiri