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De la maturité du catholicisme français
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De la maturité du catholicisme français

Guillaume Luyt
18 septembre 2018

Suivre les développements du scandale McCarrick et de son corollaire, l’interpellation du Saint-Père par Mgr Viganò, est bien compliqué et requiert un temps conséquent. C’est en partie la raison pour laquelle InfoVaticana France a été particulièrement silencieux ces derniers jours.

Une autre raison est que le document de Mgr Viganò nous a incité à lancer cette édition française avant le terme prévu et donc sans avoir à notre disposition tous les moyens requis.

La raison principale demeure toutefois la prudence dont nous souhaitons faire preuve et qui nous interdit de sauter sur la première « révélation » venue. Car InfoVaticana entend informer sans démoraliser ses lecteurs ce qui, par les temps actuels, nous semble un impératif pressant pour un média catholique. Nous n’avons pas peur de la vérité mais entendons la présenter sans sensationnalisme ni outrance. Il en va de la foi de nos lecteurs, si ce n’est de la nôtre.

En outre, quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir du pape, il demeure le successeur de Pierre et la dignité de sa charge mérite d’être respectée même si lui-même préfère les tapes sur l’épaule aux génuflexions. De plus, comme la parole du pape François est souvent cryptique – au point que Vatican Insider, qui est à l’information pontificale ce que la Pravda était au soviet suprême, offre désormais un podcast signé Andrea Tornielli pour expliquer le vocabulaire pontifical – il vaut mieux la laisser retomber un peu, le temps de comprendre à quel registre elle appartient.

L’une des choses qui frappe l’observateur polyglotte dans la tempête actuelle, c’est en revanche le grand calme des catholiques français.

Pour faire simple, les catholiques anglo-saxons sont déchaînés et déboussolés, les catholiques italiens divisés mais pas si passionnés que ça (à la différence des frasques berlusconiennes, tout cela manque de jeunes filles court-vêtues), les hispanophones semblent lassés de ce pontificat qu’ils comprennent trop bien, et les catholiques asiatiques et africains trop occupés à évangéliser pour suivre ce qui se passe dans un monde occidental décadent.

Quant aux Français, qui ont donné à l’Église quelques-uns de ses plus grands polémistes, de ses plus orthodoxes défenseurs mais aussi de ses plus farouches réformateurs, et qui ont bataillé ferme pendant plus d’un siècle, de l’abbé Loisy à Mgr Gaillot et de Mgr Freppel à Mgr Lefebvre, autour de la question moderniste, c’est comme s’ils avaient à l’égard de ce qui se passe à Rome une sage (et sainte ?) indifférence. Dans la forme comme dans la substance, les réactions françaises sont pour la plupart mesurées – d’une part nul ne prétend exiger les démissions du pape et de l’autre nul n’ose nier la gravité de la crise – et finalement peu nombreuses.

Peut-être est-ce, comme me le soufflait ce week-end une catholique italo-américaine, que première à chuter, la fille aînée de l’Église sera l’une des premières à se relever, comme le croyait fermement la Vénérable Marthe Robin ?

Guillaume Luyt