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CHRONIQUES CHINOISES 6
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CHRONIQUES CHINOISES 6

Aurelio Porfiri
12 novembre 2018

Le contrôle subliminal de Pékin

Une réflexion sur la liberté d’opinion en Chine. Dans son message aux catholiques chinois à l’occasion de la signature de l’accord provisoire, le pape François parlait de « l’effort de dire une parole critique ». Selon mon expérience, cet effort, le gouvernement chinois l’épargne volontiers aux siens. De façon subliminale, il sait parfaitement comment décourager toute critique. Ici, nous avons une presse de régime et une presse d’opposition qui coexistent légalement. Mais en Chine ? Voyons deux exemples vécus à Macao et à Hong-Kong.
Il y a plusieurs années j’ai été invité à adresser ma candidature pour collaborer avec une université laïque de Macao. Un ancien confrère m’a répondu que ma candidature ne pouvait pas être retenue en raison de mon engagement catholique. La liberté religieuse ne serait-elle donc pas garantie ?
Récemment, j’ai offert à un journal de Hong-Kong de recenser un ouvrage traitant des relations entre la Chine et le Vatican. Il m’a été répondu qu’auparavant ils devaient le lire dans la mesure où le thème était sensible et que leur titre était soutenu par le gouvernement. La liberté d’opinion ne serait-elle donc pas garantie ?
Il serait facile de donner de nombreux autres exemples de ce type. Et encore, je ne parle que de choses vécues à Macao et Hong-Kong, où le contrôle est bien loin d’être aussi perfectionné qu’en Chine continentale.

Deux pas en arrière, un pas en avant

The Catholic Thing a publié un article intéressant d’Ines Murzaku sur la question de l’ingérence des autorités civiles dans les nominations épiscopales à propos de l’accord provisoire entre la Chine et le Vatican. Après avoir survolé l’histoire de ces ingérences, elle rappelle que le concile Vatican II avait établi « que le droit de nommer et d’instituer les évêques est propre à l’autorité ecclésiastique compétente, et qu’il lui est particulier et de soi exclusif » (décret Christus Dominus, 20). D’où son interrogation finale : « Le Saint-Père va-t-il à l’encontre de l’enseignement de Vatican II et remonte-t-il cinquante ans en arrière ? Cela expliquerait pourquoi il dit que les relations sino-vaticanes font « deux pas en arrière et un en avant ; deux en avant et un en arrière ». Le retour en arrière est de cinquante ans et pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour l’Église catholique de Chine. »

Pères synodaux, vraiment ?

On a beaucoup parlé de la présence deux évêques de l’Église patriotique chinoise au synode sur la jeunesse. Le Vatican a tout fait pour souligner qu’il s’agissait d’une participation historique.
Pour le Vatican peut-être car les évêques, eux, si l’on en croit AsiaNews, ont quitté Rome au moins dix jours avant la fin des travaux. Puisqu’il s’agissait d’un événement historique, ne pouvaient-ils pas rester jusqu’au bout ? Vous me direz qu’ils avaient peut-être des engagements plus importants ailleurs. Soit, mais dans ce cas, pourquoi les avoir choisis eux plutôt que des évêques disponibles pour tout le temps du synode ?

Une certaine idée de la vérité

Massimo Donda écrit que les Chinois « substituent à notre principe de « véracité » un principe de « médiation contextuelle » qui tient compte des relations interpersonnelles et de la nécessité de les préserver en évitant le conflit. La communication devient donc la stratégie de la dissimulation et du laisser deviner, donc aussi de la lecture entre les lignes ». Cette observation profonde nous invite à réfléchir sur le rapport, bien différent du nôtre, que les Chinois entretiennent avec l’idée de vérité. Pour eux, la vérité dépend du contexte et non de la situation objective. Ceci ne veut pas dire qu’ils ne reconnaissent pas l’existence d’une vérité objective absolue mais que cet élément si central dans notre éducation philosophique occupe chez eux une place différente.

Je l’avoue : j’ai le mal de Chine

En dépit de ce qu’il m’arrive parfois d’écrire dans mes chroniques, distinguant toutefois toujours le gouvernement du peuple chinois, je dois avouer que j’aime la Chine. Je l’aime d’un amour étrange. Sans jamais perdre de vue la différence qui existe entre eux et nous, la conscience de mon éloignement me rapproche d’eux, comme si les situations particulières s’effaçaient derrière la vision d’ensemble.
Je n’ai aucun doute sur le fait que les Chinois, nonobstant les barrières culturelles, peuvent développer un profond sens religieux et j’en connais beaucoup qui sont des modèles de vertu chrétienne et de fidélité catholique. La distance ne me sépare pas d’eux mais m’y unit autrement.

Aurelio Porfiri