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CHRONIQUES CHINOISES 7
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CHRONIQUES CHINOISES 7

Guillaume Luyt
30 novembre 2018

Contrôle idéologique incessant

Bel entretien donné par le cardinal Zen à Yves Chiron pour Valeurs Actuelles. Le cardinal y affirme notamment ceci : « Le gouvernement chinois est un gouvernement athée et persécuteur. Depuis l’origine, le Parti communiste chinois cherche non seulement à contrôler l’Église catholique, comme toutes les autres Églises et les autres religions, mais il veut aussi les diriger et leur imposer son idéologie. » Il me semble important de souligner ce que dit ici le cardinal car il met le doigt sur une plaie douloureuse : il ne s’agit pas d’imposer des restrictions à la liberté de mouvement ou d’action des religions mais de les soumettre à un lavage de cerveau de sorte que leurs représentants soient amenés à se comporter d’une manière conditionnée par les manipulations psychologiques qui les visent constamment.

La plage et le bac à sable

Un article de Joann Pittman du 29 octobre sur gospelcoalition.org nous livre une intéressante métaphore sur le régime chinois : « Imaginez que la Chine est une plage, et que sur cette plage se trouve un bac à sable. Les parois du bac à sable sont les limitations politiques, civiles et religieuses fixées par l’État-Parti. En d’autres mots, la plage est supposée être la Chine mais la société (le peuple et les institutions) est, en théorie, confinée au bac à sable. Cependant, au cours des 20 dernières années, l’État-Parti ayant assoupli les limitations fixées, les individus et les associations ont commencé à sortir du bac à sable et à jouer plus ou moins librement sur la plage. On a de nombreuses preuves de cette situation :
– des fonctionnaires gouvernementaux n’appliquant guère, voire ignorant carrément, les mesures de l’État-Parti,
– des avocats commençant à se soucier des droits de l’homme, des questions environnementales et des autres problèmes sociaux affectant la vide quotidienne des Chinois,
– Internet offrant un nouvel espace public aux citoyens pour s’exprimer et permettant aux possesseurs de téléphones connectés de raconter ce qui se passait dans la société,
– des entreprises adoptant des pratiques ultra libérales pour maximiser les profits,
– l’ouverture des écoles, en particulier des universités, aux « influences occidentales »,
– des libraires en ligne vendant tout et n’importe quoi, y compris la Bible alors qu’elle ne peut officiellement être vendue que dans les églises agréées,
– l’explosion du nombre de chrétiens pratiquant dans les églises non agréées.
Aujourd’hui, l’État-Parti, sous la conduite de Xi Jinping tente de réaffirmer son contrôle sur tous les aspects de la vie politique, civile et religieuse de la Chine. Il a compris que ses limitations ont été ignorées. Trop de personnes sont sorties jouer sur la plage et il est temps de renvoyer tout le monde dans le bac à sable. »

L’âme ou les âmes chinoises

Je suis en train de lire avec plaisir le livre du Prix Pulitzer Ian Johnson intitulé « Les âmes de la Chine ». L’auteur y parle du retour du religieux qui s’est produit dans le pays après Mao. Il y cite un dicton – « un chrétien de plus, un Chinois de moins » – qui indique que pour certains embrasser le Christ c’est renoncer à son identité chinoise. Cela me fait réfléchir sur ce qu’est l’âme chinoise ou mieux, comme s’intitule le livre de Johnson, sur « les âmes de la Chine ».
Quelle est l’âme de la Chine ? J’avais posé cette question il y a plusieurs années à un chercheur de Chine continentale lors d’un colloque à Hong-Kong. Il ne sut me répondre et je fus réprimandé par les incontournables bien-pensants qui ne manquent pas dans le monde universitaire. Pourtant, ma question était sincère et attend toujours une réponse…

La Chine et la doctrine sociale de l’Église

En février 2018, Sandro Magister s’arrêtait sur les propos de Mgr Sánchez Sorondo, l’un des hommes de la garde rapprochée du pape, qui déclarait que la Chine était l’un des pays mettant le mieux en œuvre la doctrine sociale de l’Église. Un lecteur me demande s’il y a quelque chose de fondé dans cette déclaration.
Il suffit de penser aux conditions de travail des Chinois, précaires et oublieuses de toute protection sociale, à l’exploitation intensive de l’environnement ou au fait que, derrière le communisme professé, se cache le plus débridé des capitalismes, pour comprendre que cette affirmation est totalement infondée. Toutefois, en toute honnêteté, je pense que la Chine possède des qualités, y compris humaines, qui en ferait un excellent terreau pour la doctrine sociale de l’Église. À condition toutefois de ne pas vivre en permanence replièe sur elle-même.

Quatre prêtres de l’Église souterraine emprisonnés

D’après AsiaNews, quatre prêtres de l’Église souterraine de la province du Hebei ont été arrêtés par la police. Voici ce qu’écrit le Père Cervellera : « Deux prêtres du diocèse de Xiwanzi – le P. Zhang Guilin et le P. Wang Zhong – et deux autres du diocèse de Xuanhua – le P. Su Guipeng et le P. Zhao He – ont été arrêtés dans leurs églises respectives et emportés dans quelque hôtel pour être endoctrinés sur la politique religieuse du gouvernement chinois. Ils ont droit à ce traitement pour avoir refusé de rejoindre l’Église patriotique qui a comme objet l’édification d’une Église indépendante du Saint-Siège. […] Depuis que la Chine et le Vatican ont signé un accord sur la nomination des évêques qui, du moins en théorie, reconnaît le pape comme chef de l’Église catholique, l’Association patriotique et le Front uni mènent des campagnes pour rappeler à tous les prêtres que, « nonobstant l’accord », l’Église de Chine est « indépendante » et oblige de ce fait les prêtres de l’Église souterraine à adhérer à l’Église patriotique. Beaucoup des prêtres souterrains seraient prêts à se faire reconnaître par le gouvernement mais sans rejoindre l’Association patriotique dont les statuts sont « inconciliables » avec la doctrine catholique comme l’a écrit Benoît XVI dans sa Lettre aux catholiques chinois. » À suivre.

L’évêque de Wenzhou aussi

C’est encore le P. Cervellara sur AsiaNews qui nous informe de l’emprisonnement de Mgr Shao Zhumin, évêque de Wenzhou : « Mgr Shao, 55 ans, appartient à la communauté non officielle et n’est donc pas reconnu par le gouvernement mais l’est par le Saint-Siège. Il a été arrêté au moins cinq fois au cours des deux dernières années, la dernière fois en mai 2017 pour sept mois. […] Bien qu’évêque souterrain Mgr Shao est appréciée de la communauté catholique officielle. À Wenzhou, les catholiques seraient près de 130 000, dont 80 000 appartiendraient à l’Église souterraine. La communauté compte 70 prêtres, équitablement partagés entre les deux Églises. La communauté a été fortement divisée pendant des décennies mais s’est regroupée. Même les prêtres de l’Église officielle sont surveillés et il leur a été interdit, durant l’octave des défunts, de visiter les tombes de quelques-uns des prêtres et évêques souterrains, très appréciés de tous les fidèles. »
L’adhésion à l’Église officielle ne met donc pas à l’abri des persécutions. Ce qui n’est guère étonnant puisque l’Église patriotique ne sert le gouvernement que dans la mesure où elle lui permet de contrôler un phénomène religieux toujours jugé déstabilisant.

Guillaume Luyt