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CHRONIQUES CHINOISES 8
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CHRONIQUES CHINOISES 8

Aurelio Porfiri
2 décembre 2018

Persécution, encore et toujours

Reprenant une dépêche d’AsiaNews, un article de Leone Grotti sur tempi.it confirme que la répression anti-catholique se poursuit en dépit de la signature de l’accord provisoire entre le Parti et le Saint-Siège : « Depuis la signature, la situation des fidèles en Chine semble avoir empiré. L’Association patriotique (AP) a en pratique intensifié sa politique arrogante, persécutant les prêtres refusant de se plier au régime athée et affirmant, noir sur blanc, que « l’Église chinoise restera indépendante de Rome » en dépit de l’accord. »
Ainsi, début novembre, quatre prêtres de la communauté souterraine du diocèse de Zhangjiakou (province du Hebei) ont été arrêtés par la police pour avoir refusé de s’inscrire à l’AP. La pression sur les évêques fidèles à Rome ne faiblit pas et croix et clochers des lieux de culte non affiliés à l’AP sont démolis ici et là. Résultat, de nombreux catholiques « se sentent abandonnés, oubliés, trahis » selon AsiaNews.

Les médias, entre papolâtrie et idolâtrie du marché

Toujours sur AsiaNews, un bel article du P. Cervellera offre un regard particulièrement critique des relations actuelles entre la Chine et le Vatican. En voici quelques passages :

– On s’y attendait. La nouvelle de l’énième arrestation – la cinquième en deux ans – de Mgr Pietro Shao Zhumin, évêque de Wenzhou, a été passée sous silence. Mis à part quelques médias espagnols et anglais, et AsiaNews, c’est comme si embarquer un évêque, bien connu en Chine pour sa droiture et son courage, à subir des dizaines de jours d’endoctrinement comme aux temps de la Révolution culturelle, ne constituait pas une information digne d’être divulguée mais plutôt, au contraire, quelque chose qu’il convient de taire. (…) Je crois que le silence des médias, surtout des médias catholiques, vient de leur honte. Il y a peu, le 22 septembre, ils ont tellement exalté l’accord entre la Chine et le Saint-Siège qu’ils ont poussé à croire que, désormais, tout irait bien. Admettre qu’il reste encore beaucoup de problèmes de persécution pour l’Église en Chine représente donc un affront qu’il est, pour eux, et c’est compréhensible, bien difficile de confesser. (…) Malheureusement, le fait que l’accord « provisoire » soit tenu secret permet au régime chinois d’en donner sa propre interprétation. Front uni et Association patriotique obligent prêtres et évêques à s’inscrire à l’Église « indépendante », leur expliquant que « le pape est d’accord », de sorte que de nombreux catholiques souterrains suspectent amèrement le Vatican de les avoir abandonnés dans la tourmente. (…) Outre la honte, je crois que deux autres motifs poussent les médias au silence. Le premier est un espèce de « complexe papolâtre » : comme François est partisan de l’accord avec la Chine et un acteur courageux du dialogue avec la culture chinoise, c’est comme si parler des persécutions équivalait à s’en prendre au pape. (…) Le second concerne surtout les médias laïcs et tiendrait à un complexe de « mercatolâtrie », d’idolâtrie du marché chinois. On garde le silence sur les persécutions et les arrestations car elles sont finalement « peu de chose » au regard de la bataille douanière entre la Chine et les États-Unis.

Or, le P. Cervellera établit un parallèle saisissant entre liberté religieuse et liberté commerciale : « Le pape François, le 5 novembre dernier, rencontrant une délégation du « World Congress of Mountain Jews » a dit que « la liberté religieuse est un bien suprême à protéger, un droit humain fondamental, un rempart contre les prétentions totalitaristes ». Par conséquent, qui veut véritablement la liberté commerciale en Chine devrait commencer par défendre la liberté religieuse. Les grands entrepreneurs chinois qui veulent vendre et investir à l’étranger mais doivent se plier aux restrictions du gouvernement central le savent bien. Le sort de Mgr Shao Zhumin n’est donc pas « peu de chose » mais un indicateur de la direction dans laquelle évolue la Chine. ».
Les mots du missionnaire italien, qui connaît bien la Chine de l’intérieur, n’ont guère besoin de commentaires. Reste une interrogation : que pensent obtenir ceux qui décident sciemment de taire ce qui se passe en Chine et de diaboliser ceux qui, de plein droit, expriment leurs doutes quant à la ligne suivie par le Vatican ?

L’héroïsme de la simplicité

J’ai récemment lu un livre retraçant l’existence du P. Lido Mencarini, missionnaire du PIME. Ce prêtre, qui a passé une grande partie de sa vie à Hong Kong, a joué un rôle important pour sauver de nombreux juifs pendant la Seconde guerre mondiale. À Hong Kong il exerça surtout des responsabilités administratives, accomplies avec grande sagesse. Il est mort en 2007.
Je l’ai rencontré une fois, il y a bien des années. À Hong Kong. Je me rappelle qu’il m’interrogea sur la liturgie traditionnelle, qu’il célébrait pour la communauté qui y était attachée. Je me souviens d’un homme âgé mais simple, de cette simplicité de ceux qui, nonobstant les vicissitudes de l’existence, ont su garder un cœur pur : « Heureux les purs de cœur, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8).

Un regard chrétien sur Hong-Kong

Don Divo Barsotti (qui prêcha les exercices spirituels à Paul VI en 1971) se demandait, après avoir visité Hong-Kong, s’il était possible de trouver Dieu dans cette ville qui semble célébrer le triomphe du capitalisme et de l’affairisme. Pourtant, Dieu y est bien présent. Il suffit de savoir le chercher ou bien de changer notre regard. Avec sa forêt de gratte-ciels, Hong-Kong semble en effet vouloir manifester l’ambition de l’homme d’atteindre le ciel sans l’aide de Dieu. Pourtant, à bien y regarder, au pied de ces énormes édifices, il y a ces ruelles étroites, souvent sales et malodorantes, qui sont comme de trop par rapport à une telle majesté et à un tel usage disproportionné mais si ordonné de l’espace disponible. Ces ruelles composent un clair-obscur qui introduit une ombre là où il y a tant, trop !, de lumière et nous indiquent que la ville n’est pas que matière, n’est pas que capitalisme triomphant. Ces ruelles renvoient à l’être humain, corps mais en même temps âme, saint mais en même temps pécheur, mortel mais en même temps appelé à l’immortalité. Hong-Kong est énorme et frêle, spacieuse et bondée, riche et misérable, tendue vers le ciel mais ancrée dans la terre. Hong-Kong, c’est la modernité, ses tragédies et ses espérances, et Dieu s’y cache avec toute la délicatesse dont Lui seul est capable.

L’art de la négociation

Les Chinois s’y connaissent en matière de négociation, comme leurs succès commerciaux le prouvent. Voici ce qu’en dit Massimo Donda dans son livre :

– L’homme occidental considère les problèmes par ordre d’importance et, habituellement, commence par traiter les points de désaccord les plus sérieux. La raison en est parfaitement logique : en absence d’accord sur ces points, il n’y a nul besoin de continuer à négocier, car il n’y aura pas d’accord final ; discuter des autres points ne serait qu’une perte de temps. Le Chinois fait le contraire : il commence par négocier les éléments secondaires pour créer un climat favorable. Si une entente est trouvée, ne serait-ce que sur des points secondaires, alors cela signifie qu’une certaine quantité d’énergie a été consommée et qu’après avoir consacré, ensemble, du temps et de l’énergie pour dégager une solution, les parties s’engageront plus facilement, maintenant qu’elles se connaissent, à rechercher un accord raisonnable sur les points principaux. La complicité née entre les parties crée une tendance à la recherche de compromis, de sorte que les questions difficiles peuvent être abordées. Si vous commencez par les points les plus difficiles alors que vous ne vous connaissez même pas, comment pourriez-vous obtenir des résultats positifs ?

La logique chinoise, du moins telle que la présente Massimo Donda, tient la route. Et elle fonctionne indiscutablement bien pour les questions commerciales, où tout est négociable. Mais est-il bon de l’appliquer quand sont en jeu des principes non négociables ? Il y a la matière à une sérieuse réflexion.

Aurelio Porfiri