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CHRONIQUES CHINOISES 9
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CHRONIQUES CHINOISES 9

Aurelio Porfiri
8 décembre 2018

Un grand du catholicisme chinois

Un des plus lumineux témoins du catholicisme chinois récent a sans aucun doute été le cardinal Kung (1901-2000), premier évêque chinois de Shanghai, mort en exil aux États-Unis après avoir passé plus de trente ans dans les geôles de son pays natal. La lecture de sa biographie sur le site de la fondation qui porte son nom est édifiante. En voici un extrait :

– Le 8 septembre 1955, la presse du monde entier rapporte avec consternation l’arrestation nocturne à Shanghai de Mgr Kung et de plus de 200 prêtres et responsables de l’Église. Plusieurs mois après son arrestation, le prélat est traîné à l’ancien cynodrome de Shanghai pour une « séance de lutte » devant des milliers de personnes convoquées pour l’entendre confesser publiquement ses « crimes ». Les mains attachées dans le dos, vêtu d’un pyjama chinois, l’évêque est poussé vers le micro pour avouer. Au grand choc de la police de sécurité, la foule l’entend alors crier à haute voix : « Vive le Christ Roi ! Vive le pape ! ». Elle lui répond immédiatement : « Vive le Christ Roi ! Vive Mgr Kung ! ». Rapidement embarqué dans une voiture de police, Mgr Kung disparaît jusqu’à son procès, en 1960. Il y est condamné à la prison à vie.

Après 30 ans de prison, il est mis aux arrêts domiciliaires en 1985 avant que sa situation ne s’assouplisse en 1988. Peu avant de sortir de prison, il avait été « convié » à un banquet en l’honneur de l’archevêque de Manille, le cardinal Sin, d’origine chinoise et en voyage officiel dans le pays. Assis aux deux extrémités de la table, séparés par une vingtaine de membres de l’Église patriotique et du Parti, les deux hommes n’avaient pas la possibilité de converser directement. Au cours du banquet, prenant prétexte d’une coutume philippine, le cardinal proposa alors que chaque convive chante une chanson à son choix. Lorsque Mgr Kung fut sollicité, il ancra son regard dans celui du cardinal et entonna le motet « Tu es Petrus », acte de fidélité au magistère pétrinien : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Et les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle : et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » En dépit de l’intervention d’un évêque de l’Église officielle pour faire taire le prélat, le message sera bien reçu par le cardinal philippin qui s’empressera d’en rendre compte au pape Jean-Paul II : « Cet homme de Dieu n’a jamais faibli dans son amour pour son Église ou son peuple malgré des souffrances, un isolement et une douleur inimaginables. » Il y a décidément une grandeur admirable dans une partie du catholicisme chinois.

Vérité et mensonge : insulte ton voisin, pas le Chef…

Je viens de finir de lire Mao Zedong è arrabbiato. Verità e menzogne dal pianeta Cina, chez Feltrinelli [Mao Zedong est en colère. Vérité et mensonge sur la planète Chine (non encore traduit en français semble-t-il)], un recueil d’articles de l’écrivain Yu Hua. Un livre intéressant, qui offre une vision de l’intérieur de ce monde à part cela qu’est la planète Chine. L’auteur y évoque, avec un parler-franc salutaire, la difficulté des relations avec le gouvernement comme la censure et le contrôle omniprésents. Intéressante est l’anecdote qu’il raconte à propos d’un échange avec un lecteur en Allemagne : à la demande « Avez-vous la liberté d’expression en Chine ? », Yu Hua répond « Bien sûr. Dans chaque pays, elle se définit par antithèse. En Allemagne, vous pouvez insulter le président, mais vous ne vous risquez pas à insulter votre voisin. En Chine, on ne peut peut-être pas insulter le président, mais on peut se défouler sur les voisins… » Proverbiale sagacité chinoise !

Leçons de patriotisme

Selon un article de Feng Gang pour Bitter Winter, les autorités du Hebei ont érigé d’autorité le drapeau chinois devant l’église qui jouxte la résidence de l’évêque de Zhengding, Mgr Julius Jia Zhiguo. Plusieurs fois emprisonné et aux arrêts domiciliaires depuis 30 ans pour son refus réitéré d’adhérer à l’Église patriotique, Mgr Jia Zhiguo a tenté d’empêcher cette provocation mais n’y est pas parvenu. Les autorités ont menacé les fidèles qui manifestaient leur mécontentement de couper l’approvisionnement électrique de l’église et d’interdire à leurs enfants de se rendre à l’école.

Hong Kong : comment étouffer la presse libre

Dans un tweet, Mark Simon, journaliste à Hong Kong, dénonce la campagne souterraine en cours pour affaiblir, si ce n’est assassiner, les médias indépendants en les privant de leurs ressources publicitaires : « Un journal pro Chine populaire appelle nos annonceurs et les informe de l’aversion du régime pour notre titre et les sites d’information indépendants. Pas d’annonceurs, pas de croissance. »

Aurelio Porfiri