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Croître en vertu
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Croître en vertu

Redaction
18 décembre 2018

Parce que la spiritualité franciscaine ne saurait se limiter à nous montrer la voie « d’un développement durable et intégral » face au « défi environnemental » (Laudato si’), InfoVaticana a demandé à un frère franciscain de nous livrer régulièrement un billet éclairant l’actualité d’un regard inspiré par la conformation à la vie du Séraphique.

Les imminentes fêtes de la Nativité seront encore assurément l’occasion de discours « enflammés » pour la paix, la concorde, la justice… Nombre d’entre nous pourrait les écrire et, de là, estimer à sa juste valeur la conviction de ceux qui les resservent – presque à l’identique – d’une année sur l’autre.

Notre bien-aimé saint François n’échappe pas à cette monotonie : notre poverello est en quelque sorte sommé de trouver une place qui ne dérangerait pas celle des autres. C’est oublier un peu vite la vigueur non seulement de sa vie, mais aussi de ses discours : d’une tentative hardie de convertir le sultan par la prédication de la foi catholique, de bien triste sires ont fait une rencontre interreligieuse avant la lettre, thé vert et ouvrages d’art – les ponts sont des ouvrages d’art – au programme…

Si saint François a tant aimé la Nativité de Notre Seigneur c’est avant tout en raison de la condescendance du Père qui y est manifestée : pour racheter chacun de nous, il envoie son propre Fils.

De son propre aveu, saint François voyait dans la crèche un commandement de Dieu : celui de la haute pauvreté. Jésus nous montre le chemin du salut en nous y précédant. Saint François s’y jeta à sa suite : il voulut se faire pauvre de choses matérielles pour être riche de vertus. Ce faisant, il nous enseigne deux grandes impasses de la pauvreté : voulue pour elle-même, la pauvreté dégénère nécessairement en orgueil, ce qui annihile toute vertu possible ; ou alors la pauvreté n’est que l’antithèse de la possession matérielle : le pauvre n’aurait besoin que de choses matérielles pour rendre sa vie bonne… pas question de vertus là non plus.

Le pauvre n’a pas besoin de vertus, objecteront certains. Pourtant, l’homme déchu est ainsi fait que celui qui n’a pas de vertus est abandonné aux vices. Le pauvre lui-même veut-il être abandonné aux vices ? Rien n’est moins sûr…

Saint François apprécierait certainement que le Noël de chacun d’entre nous soit une occasion de progresser sur le chemin de la vertu : cela n’empêche pas les cadeaux mais les replace dans une juste perspective.

Ω

Redaction