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CHRONIQUES CHINOISES 11
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CHRONIQUES CHINOISES 11

Aurelio Porfiri
28 mars 2019

[Ces chroniques ont été publiées sur Stilum Curiae, le blog de Marco Tosatti en décembre 2018.]

Où est la vérité ? Réponse à un lecteur

La lecture d’un entretien donné à Vatican Insider par l’évêque clandestin de Qiqihar, diocèse situé à 400 km au nord de la péninsule coréenne, a incité un lecteur de mes chroniques à se demander qui, du cardinal Zen ou de cet évêque, dit la vérité sur la question chinoise. Dans cet entretien, Mgr Wei Jingyi, plusieurs fois arrêté par le régime chinois et peu suspect de collusion avec lui, affirme en effet que l’époque de la clandestinité est sur le point d’être révolue, ce qui semblerait justifier la signature de l’accord entre Rome et Pékin.
En pratique, son raisonnement, par ailleurs essentiellement spirituel, insiste sur le fait qu’il ne saurait y avoir de catholiques séparés du pape. Pour ce motif, il lui paraît aussi nécessaire, aujourd’hui, d’œuvrer à la réconciliation que de s’employer, hier, à faire vivre l’Église clandestine. En effet, explique-t-il, dès lors que le gouvernement a signé un accord avec le Saint-Siège, le message qui passe c’est que l’Église locale fait partie de l’Église universelle : « Le lien de communion avec le pape est désormais reconnu et affirmé publiquement, par tous et pour tous. » Confiant dans l’assistance du Saint-Esprit, Mgr Wei Jingyi reconnaît que « le chemin qui s’ouvre est semé de difficultés » mais aussi « plein d’espérance » car, conclut-il, « notre salut est dans le Seigneur ».
Ce que l’évêque de Qiqihar offre, ce n’est donc pas un démenti quant à la situation compliquée du catholicisme en Chine et, partant, une condamnation de la défiance qu’une partie du monde catholique affiche envers l’accord de septembre 2018, mais un bel acte de foi dans le soutien indéfectible du Christ à ses disciples : « Tous, nous marchons main dans la main avec Marie et Jésus nous a dit qu’il serait avec nous chaque jour, jusqu’à la fin des temps ; tous, nous participons de sa victoire. » Ainsi soit-il.

Amer hiver

En réplique à la diffusion sur Bitter Winter de vidéos montrant les traitements subis par les Ouïghours dans les camps de rééducation du Parti, 45 journalistes chinois ont été arrêtés sous l’accusation de collaborer avec ce site d’informations fondé par le sociologue Massimo Introvigne. De façon assez surprenante, c’est Vatican Insider qui relaie cette information qui va pourtant contre sa ligne éditoriale, d’ordinaire faite de « chinoisement correct ».

Persécutions religieuses : la Chine montre la voie

Sous ce titre privé d’équivoque, UCANews consacre un long article aux persécutions religieuses dans le monde en 2018. Signé Michael Sainsbury, cet article s’ouvre par ces lignes : « En 2018, le Vatican a finalement signé avec avec le Parti communiste chinois l’accord longtemps désiré sur la nomination des évêques, sauf qu’il l’a fait à un moment où Pékin a considérablement intensifié ses persécutions religieuses. L’accord semble avoir enhardi Pékin dans son désir d’écraser tous ses ennemis, réels ou imaginaires, y compris les groupes religieux non affiliés. » Fait intéressant, cet article, peu flatteur pour la diplomatie vaticane, a été repris aussi bien par le Sunday Examiner, l’hebdomadaire du diocèse de Hong Kong, que par l’édition anglaise de La Croix.

Quel évêque pour Hong-Kong ?

Le rappel à Dieu inopiné de l’évêque de Hong-Kong, Mgr Michael Yeung, survenu le 3 janvier 2019 des conséquences d’une cirrhose, soulève de nombreuses interrogations. Pour l’heure, c’est le cardinal Tong, auquel Mgr Yeung avait succédé en 2017, qui a repris les rênes du diocèse comme administrateur apostolique.
Le South China Morning Post, le quotidien « de référence » local, fait les noms des successeurs potentiels et indique les mêmes que ceux que j’ai cités dans un article pour La Nuova Bussola Quotidiana. Il s’agit de l’évêque auxiliaire, Mgr Joseph Ha ; de l’évêque de Macau, Mgr Stephen Lee, originaire de Hong-Kong et membre de l’Opus Dei ; et du vicaire général, Peter Choy.
Organisateur en mars 2018 d’un important congrès sur le christianisme en Chine à l’université grégorienne, ce dernier pourrait être le choix de Rome. Dans tous les cas, la nomination est à surveiller et donnera certainement matière à réflexion.

Hong-Kong, un anti-modèle pour Taïwan ?

Il est beaucoup question des tensions entre la Chine – la République populaire de Chine – et Taïwan – dont on ignore souvent qu’elle est la « République de Chine » officielle – à la lueur, notamment, des grandes manœuvres navales conduites par le régime de Pékin autour des côtes de « l’île rebelle » fin 2018. Parmi ceux qui sont attachés à l’indépendance de l’île, beaucoup observent de près la situation à Hong-Kong. La situation de l’ancienne colonie britannique préoccupe en effet de nombreux Taïwanais, en particulier par la soumission progressive de Hong-Kong aux diktats de Pékin en dépit de la Basic Law de 1990 qui devrait lui garantir une certaine autonomie si ce n’est une autonomie certaine…

Tai Chi Chuan et sagesse chrétienne

« Sur terre, l’homme ne fait que nager dans l’air mais l’a oublié depuis longtemps » dit le maître de Tai Chi, Cheng Man Chin. Une maxime aux accents chrétiens.

La religiosité chinoise

Le professeur Paolo Satangelo, sinologue italien réputé, dans son livre « Storia del pensiero cinese » (Histoire de la pensée chinoise, non traduit en français) parle de la religiosité chinoise en ces termes : « Le Chinois peut vénérer des divinités de religions différentes sans que cela ne lui pose de problèmes car ce qui est fondamental pour lui, c’est la fonction pratique de la religion et non son identité. »La religion la plus diffuse, en effet, « ne se rattache pas à une religion institutionnelle mais est constituée de cultes précis, comme celui des aïeux ou des divinités célestes ». Cette forme de religion, aux forts accents païens, me semble le ciment de nombreuses couches de la population.

Aurelio Porfiri