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CHRONIQUES CHINOISES 12
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CHRONIQUES CHINOISES 12

Aurelio Porfiri
17 mai 2019

Le retour du cardinal Tong

Le choix du cardinal John Tong comme administrateur apostolique du diocèse de Hong-Kong a suscité de nombreuses interrogations. Successeur du cardinal Zen et prédécesseur du défunt Mgr Yeung, le cardinal Tong, qui aura 80 ans en juillet 2019, a tout d’un choix par défaut. Beaucoup sont étonnés que l’évêque auxiliaire du diocèse, Mgr Joseph Ha, n’ait pas été appelé à en assurer la direction. Certains ont expliqué que ce serait parce qu’il n’hésite pas à condamner les abus commis par le gouvernement de Pékin. Je dois dire que je me souviens l’avoir interviouvé avant qu’il ne devienne évêque et il m’avait, en réalité, semblé très prudent. Même si le cardinal Zen considère que Mgr Ha a encore toutes ses chances, la rumeur veut que le vicaire général, Peter Choi, ait déjà été adoubé par Rome. Et par Pékin ?

Chine : la crise qui vient

Un article de Wang Zhicheng pour AsiaNews offre une vision intéressante du proche avenir chinois : « La Chine se prépare à une crise économique. Qui ne sera pas la conséquence des droits de douane américains mais de sa propre démographie. La raison en est la politique du fils unique imposée pendant 30 ans par le régime. Bien que depuis 2016 les couples soient autorisés à avoir deux enfants, les Chinois hésitent aujourd’hui à mettre au monde le premier. De 2000 à 2016, le taux de fertilité moyen a été de 1,18 enfant par femme : le plus faible au monde. Ce phénomène produit deux problèmes : la population diminue et, par conséquent, la force de travail également ; la population vieillit. » À cela, il faut ajouter le déséquilibre entre les sexes, les hommes étant plus nombreux que les femmes.

L’accord sinovatican et la Révolution française

Sur Bitter Winter, Marco Respinti établit un intéressant parallèle entre le concordat napoléonien et l’accord avec la Chine communiste. « L’Église pouvait-elle agir autrement il y a deux cents ans ? » se demande-t-il, soulignant combien il est facile d’avoir raison a posteriori. « En revanche, en ce qui concerne la Chine, il est trop tôt pour juger. Cependant, un fait et une question demeurent établis. »
Le fait, c’est que quand l’Église devient une minorité et une minorité persécutée, son devoir de protéger les croyants passe avant tout le reste, quitte à avaler des couleuvres. Chacun peut accepter le martyre pour soi mais nul ne peut l’imposer à son voisin.
La question, c’est celle-ci : « Le Saint-Siège est-il bien certain de ne pas recommencer les erreurs et les tragédies du passé ? »
Côté chinois, la réponse est claire : chaque jour, le régime accentue sa répression antireligieuse.

Huawei

Alors que les journaux de Hong-Kong relayaient les accusations portées contre Huawei, le PDG de l’entreprise a reconnu soutenir le Parti communiste chinois tout en assurant qu’aucune de ses activités ne mettaient en danger la sécurité internationale. Bien entendu, il n’y a rien de mal à cela, surtout dans un pays où toute dissidence aurait de fâcheuses conséquences. Pour la même raison, il est en contrepartie légitime de s’interroger sur le prix que Huawei doit payer au régime pour son succès…

Le bouddhisme et l’absence de foi

Voici ce qu’écrivait le penseur Elémire Zolla, dans l’une de ses chroniques culturelles publiées dans son recueil posthume « Gli arcani del potere » (Rizzoli, 2009) : « Le bouddhisme s’est toujours efforcé de s’affranchir de tout jargon théologique, de façon à s’exprimer de la façon la plus simple et compréhensible. Il est vrai qu’il n’y a pas en Italie de culture générale qui favorise l’accès au bouddhisme et à sa version la plus complète et complexe, représentée par le dalaï-lama. Sauf que le dalaï-lama n’entend convertir personne. Il n’y a pas, chez lui, de propagande, pas de volonté de bouleverser les coutumes locales. Qu’est-ce qui pousse, alors, les gens vers les communautés bouddhistes ? Je dirais l’absence de foi, une nouveauté stupéfiante pour les Italiens. » Si cette affirmation est fondée, il semble légitime de se demander si c’est pour cela que le bouddhisme a eu un tel impact dans tant de secteurs du monde occidental…

Aurelio Porfiri