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CHRONIQUES CHINOISES 13
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CHRONIQUES CHINOISES 13

Aurelio Porfiri
19 mai 2019

Aimer la Chine

Quand on parle avec les Chinois de ce que veut dire « aimer la Chine » on se retrouve souvent face à deux positions : d’une part ceux pour lesquels cela signifie ne jamais la critiquer devant les étrangers (position commune en Chine continentale) et d’autre part ceux pour lesquels l’amour patriotique s’exprime aussi par le droit de la critiquer en vue de son bien supérieur. Chercher de montrer son amour pour le peuple chinois en lui faisant part de certains comportements qui en freinent le juste développement devrait être apprécié des Chinois, mais c’est rarement le cas. J’ai à plusieurs reprises observé qu’il existe pour les Chinois une barrière très nette entre « eux » et « nous » même s’il existe une dynamique quasi « schizophrénique » dans cette relation – selon la définition d’un historien suédois de l’université de Hong-Kong : comme si leur « grande muraille » identitaire se heurtait à leur indéniable attraction pour l’occident, indépendamment de leurs sentiments pour les occidentaux.
J’ai écrit à plusieurs reprises que je ne prétends pas passer pour un sinologue mais je peux aujourd’hui à coup sûr reconnaître les écrits de ceux qui n’ont jamais vécu aux côtés des Chinois. Seule la pratique du monde chinois nous fait comprendre ce que certains livres sont incapables d’exprimer.

L’avenir du diocèse de Hong-Kong

Je pensais que le nouvel évêque de Hong-Kong aurait été désigné en des temps relativement brefs mais la rumeur semble indiquer que l’administration confiée au cardinal Tong pourrait durer un certain temps. En ce qui me concerne je n’en vois pas le motif dans la mesure où, y compris durant le mandat du défunt Mgr Yeung, les jeux semblaient faits et la succession semblait promise au vicaire général, Peter Choi. L’évêque auxiliaire, Mgr Joseph Ha, a lui aussi ses chances et une surprise reste toujours possible même si, dans le monde chinois, les surprises devraient toujours être mûrement soupesées.
Il semble que la disparition prématurée de Mgr Yeung ait quelque peu rebattu les cartes dans la mesure où la nomination de l’abbé Choi comme évêque auxiliaire n’a pas eu le temps de se faire, étape préalable à son accession au siège épiscopal. En fait, la nomination même de Mgr Yeung, à 70 ans sonnés et alors que sa maladie était connue, est difficile à expliquer et justifie une certaine perplexité quant aux orientations vaticanes…

Le cardinal Zen sur EWTN

Le cardinal Joseph Zen s’est rendu aux États-Unis fin janvier, à l’invitation de l’université de Notre Dame pour parler de l’édition anglaise de son livre « Par amour de mon peuple, je ne me tairai pas ». Au cours de cet visite, le prélat a répondu à plusieurs médias et je recommande de prendre connaissance de son entretien avec Raymond Arroyo sur EWTN, dans l’émission « The World Over ». Son Éminence y explique qu’on ne voit pas bien quels sont les premiers fruits de l’accord entre la Chine et le Vatican, si ce n’est d’avoir concédé à Pékin un plus grand pouvoir de coercition sur ceux qui désirent continuer à professer leur foi catholique en dehors de son étroite surveillance et dans la pleine fidélité à Rome.

Libres, mais pour combien de temps ?

UcaNews informe de la libération de l’évêque et de deux prêtres de l’Église souterraine de l’Hebei. J’avais relayé un appel du cardinal Zen en leur faveur dans une précédente chronique. Mgr Cui Tai a été autorisé à rendre visite à sa sœur à l’occasion du nouvel an chinois mais il n’est pas bien clair si cette autorisation est limitée ou non à cette période de festivités.

La langue de l’ennemi ?

Dans un article sur la situation de l’Église en Chine, L’Osservatore Romano parle des efforts du Saint-Siège en faveur de la reconnaissance du clergé « non officiel ». J’avoue être plutôt mal à l’aise de voir le journal officiel de l’Église adopter le vocabulaire du gouvernement chinois même si je sais bien que le langage diplomatique répond à des exigences souvent difficiles à saisir…

Après Peppa Pig, Winnie l’Ourson ?

Limes – la revue géopolitique de référence en Italie, NdT – commente la réhabilitation de Peppa Pig en Chine : « Ces jours-ci, le dessin animé Peppa Pig est devenu viral sur le web de la Republique Populaire de Chine. Le fameux petit cochon, censuré en Chine depuis le mois de mai denier, a été rehabilité par le biais d’une efficace campagne mediatique. Un film dedié à Peppa Pig célébrant le nouvel an a été réalisé exprès pour le marché chinois par le géant technologique Alibaba et la Canadian entratainment one. Le dessin animé a été parfaitement adapté au contexte socio-culturel de l’Empire du Centre et le trailer d’anticipation est devenu viral. Dans sa banalité apparente, cette histoire révèle le potentiel et même le risque du web en Chine aux yeux de Pékin ». Une telle nouvelle n’est certes pas à sous-évaluer et nous donne bon espoir aussi pour le destin de Winnie l’Ourson, interdit parce que trop ressemblant au chef suprême. À suivre.

Les déclarations du cardinal Filoni

J’ai beaucoup réfléchi aux déclarations à L’Osservatore Romano du cardinal Fernando Filoni, préfet de Propaganda Fide. Ces déclarations, sur l’évolution des rapports entre la Chine et le Vatican, ont été reprises par de nombreux médias. Ce qui a nourri ma réflexion est le fait que le cardinal, tout en se félicitant de l’accord, a exprimé un optimisme prudent, tenant compte de la réalité de la situation. Il faut dire que le cardinal a travaillé au sein de la Mission d’étude de l’Église à Hong-Kong et est tout sauf ignare des enjeux en question. Le démontre son allusion claire au fait qu’on ne peut obliger personne à adhérer à l’Église patriotique, à la fois parce qu’il sait très bien comment vont les choses en Chine et que l’accord peut n’être qu’un instrument pour le pouvoir pour atteindre d’autre objectifs que ceux affichés. En somme, le cardinal exprime un optimisme tempéré par sa connaissance du sujet qui l’empêche de faire semblant de rien.

Aurelio Porfiri