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Allo Pékin, ici le Saint-Siège…
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Allo Pékin, ici le Saint-Siège…

Redaction
23 mai 2019

Avec l’accord de son auteur, le P. Bernardo Cervellera, directeur d’AsiaNews, nous vous offrons la traduction de son article rendant compte de l’entretien donné par le cardinal Parolin, Secrétaire d’État, au Global Times de Pékin le 12 mai 2019. Le Global Times est l’édition internationale du quotidien officiel du Parti communiste chinois et, comme le souligne P. Cervellera, c’est la première fois qu’un média du régime donne la parole à un haut prélat catholique, y voyant un signe des « développements positifs » des relations entre la Chine et le Vatican. Quant au Secrétaire d’État, il y embrasse fraternellement les membres de la communauté catholique, « notamment ceux qui ont le plus souffert et continuent de souffrir ».

(Article du P. Bernardo Cervellera, traduction Infovaticana France)

Cité du Vatican (AsiaNews) – Une photo du pape François souriant, un titre ambitieux (Le pape François voit la Chine comme une grande nation, dit un cardinal ») : il s’agit d’un article de la Une du Global Times, journal de Pékin lié au « Quotidien du Peuple », organe officiel du Parti communiste chinois. Pour la première fois dans l’histoire du journal, et peut-être du pays, un cardinal – et pas n’importe lequel, le Secrétaire d’État, Mgr Pietro Parolin – a droit à un grand entretien.
L’éditeur y voit « un signe des développements positifs des relations entre la Chine et le Vatican », illustrés par « les récentes et pacifiques célébrations pascales » – peut-être une référence aux tensions finalement apaisées à Mindong (où l’évêque officiel et l’évêque clandestin ont concélébré la messe chrismale, NdT) – et la présence d’une « délégation du Vatican à l’Exposition internationale horticole de Pékin ».
L’entretien est signé de Francesco Sisci et Zhang Yu. Sisci est le journaliste qui a interviouvé le pape François il y a trois ans, le faisant parler de tout, sauf de la situation de l’Église en Chine. Cette fois-ci, en revanche, le cardinal Parolin, parle de certains sujets touchant à la vie de l’Église en Chine et fait allusion aux intentions qui motivent l’accord sino-vatican, « au bénéfice de toute la communauté chinoise, que j’embrasse fraternellement – notamment de ceux qui ont le plus souffert et continuent de souffrir ».
La première question de l’entretien porte sur la façon dont se déroule le dialogue sino-vatican. Le Secrétaire d’État souligne qu’il y a une « augmentation de la confiance entre les deux parties » et précise que ce dialogue, conformément à l’enseignement du pape François, n’a pas pour objet « de discuter sur la théorie de nos systèmes respectifs » mais « de chercher des solutions pratiques pour la vie de personnes concrètes, qui désirent pratiquer sereinement leur foi, et offrir une contribution positive à leur pays ».
La question suivante concerne l’opposition à ce dialogue. Le journaliste cite « les opposants internes à l’Église ». Dans sa réponse, le cardinal Parolin juge normal qu’il y ait des « critiques » et que celles-ci puissent naître « dans l’Église comme en Chine, ou ailleurs ». Il est de notoriété publique que les critiques les plus fortes (et les plus violentes) à l’accord se manifestent en Chine et proviennent du Bureau des affaires religieuses et du Front uni, qui mènent une campagne d’encadrement strict des évêques, prêtres et lieux de culte, « nonobstant l’accord sino-vatican » (comme ils le déclarent eux-mêmes).
Pour le cardinal Parolin, il est « humain et chrétien de montrer de la compréhension, de l’attention et du respect pour ceux qui expriment de telles critiques ». De nombreuses questions, poursuit-il, « doivent encore être examinées, ce que nous faisons avec volonté et détermination ». Son désir est de « trouver des solutions durables, qui soient acceptables et respectueuses de toutes les parties concernées ».
[…] « Pour le pape François – qui est très conscient de tout ce qui est arrivé, y compris récemment –, le principal intérêt du dialogue en cours est de nature pastorale, explique le cardinal : il s’agit d’un grand geste de confiance et de respect envers le peuple chinois et sa culture millénaire, avec l’espoir parfaitement fondé de recevoir une réponse tout aussi sincère et positive. »
Plus loin, en réponse à la dernière question, le cardinal Parolin répète que le pape François « voit la Chine non seulement comme un grand pays mais aussi comme une grande culture riche d’histoire et de sagesse. Aujourd’hui, la Chine est parvenue à susciter une grande attention et un grand intérêt partout, particulièrement chez les jeunes ». Et le cardinal de souhaiter que la Chine « n’ait pas peur de dialoguer avec le monde entier » et soit capable de « surmonter les méfiances pour construire un monde plus sûr et prospère ».
Les mots du prélat rappellent ceux de la lettre adressée à Xi Jinping en 2014, quand le pape exprima sa vision positive de la Chine et d’un monde multipolaire mettant fin à la parabole d’une planète soumise à une seule superpuissance. Peut-être n’est-ce pas un hasard si l’entretien avec le cardinal Parolin a été publié au moment de l’échec du dialogue économique entre les États-Unis et la Chine, qui voit s’affronter deux styles et deux visions de l’économie internationale.
Sur le plan plus précisément ecclésial, il faut noter le soin apporté par le cardinal à préciser la différence entre « inculturation » et « sinisation ». Pour le premier terme, il cite Matteo Ricci et rappelle que l’inculturation consiste à présenter la foi « selon l’expérience particulière de chaque peuple et de chaque culture », en préservant « leur pureté authentique et leur intégrité ». La sinisation – mais ce n’est pas expliqué dans l’entretien – est une campagne lancée par le Parti pour soumettre les religions à la culture chinoise jusqu’à en faire des outils au service du Parti lui-même. Le Secrétaire d’État attend des dirigeants chinois qu’ils réaffirment « leur intention de ne pas menacer la nature et la doctrine de chaque religion ». Expliquant qu’inculturation et sinisation « peuvent être complémentaires » au service du dialogue, il affirme que « les principaux acteurs de ce processus sont les catholiques chinois » (et pas le Parti ni le Front uni).
Les réponses aux quatrième et cinquième questions décrivent des terrains de collaboration possibles entre le Saint-Siège et la Chine. Le cardinal cite « la paix, la lutte contre la pauvreté, les urgences climatiques et environnementales, les migrations, l’éthique en matière de développement scientifique et économique, et le progrès social des peuples » et parle aussi de « l’importance primordiale » pour le Saint-Siège de garantir « la centralité de la dignité de la personne humaine, en commençant par la reconnaissance réelle de ses droits fondamentaux, parmi lesquels le droit à la liberté religieuse et le bien commun, qui est le bien de chacun et de tous ».
Invité à adresser un message personnel aux dirigeants politiques, le cardinal leur demande « de ne pas avoir peur de regarder au loin, au-delà du succès immédiat, pour chercher des solutions durables et de large portée, sans conditions préalables, pouvant contribuer à la construction d’un futur plus humain, plus juste et meilleur pour tous ».
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