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CHRONIQUES CHINOISES 14
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CHRONIQUES CHINOISES 14

Aurelio Porfiri
27 mai 2019

Chine et démocratie

Chi Wang se demande sur le South China Morning Post si la Chine est apte au type de démocratie en vigueur en Occident. Il ne s’agit pas d’une question innocente : « La Chine pourrait-elle élire ses dirigeants démocratiquement comme nous le faisons aux États-Unis, où même ceux qui s’opposent à Trump reconnaissent qu’il a été élu par la volonté du peuple ? Si l’on met de côté la question de savoir si la Chine a ne serait-ce que la capacité institutionnelle de supporter une démocratie, ou s’il existe dans le pays le moindre penchant pour une réforme démocratique, il ne semble pas que la nation, à sa base comme au niveau gouvernemental puisse supporter un tel régime. La Chine ne dispose pas du cadre idéologique dans lequel la démocratie pourrait spontanément se développer ou être encouragée. Le confucianisme est intrinsèquement antidémocratique : il encourage l’obéissance et non la liberté, générale ou personnelle. »
Il s’agit d’un débat très actuel en Chine et à laquelle il convient de répondre sans tenir compte du jugement, pour important qu’il soit, que l’on porte sur le type de régime qui y est aujourd’hui en vigueur car, si la Chine n’est pas adaptée au modèle démocratique occidental, alors la question devient de savoir s’il existe des alternatives au modèle autoritaire actuel…

L’Italie s’interroge sur Huawei

Le Corriere della Sera consacre un article aux enjeux qui accompagnent le développement de la technlogie 5G par le colosse chinois Huawei : « Il est clair que la guerre pour le contrôle des infrastructures stratégiques de demain a commencé. Trump a déclenché une campagne contre Huawei et, tandis que les ÉU interdisent depuis toujours le recours à la technologie chinoise pour les réseaux sensibles, d’autres pays commencent à mettre en cause sa sécurité : l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont interdit la 5G chinoise ; la Grande-Bretagne a trouvé des failles dans le système et demandé des garanties qui tardent à arriver contre son espionnage et son blocage ; le Japon a retiré Huawei de la liste des fournisseurs des entreprises publiques ; l’Allemagne a demandé des garanties à l’entreprise chinoise d’ici à la mise aux enchères du réseau 5G local [auxquelles Huawei n’a finalement pas participé, NdT] tandis qu’Angela Merkel a exprimé sa crainte que la société puisse communiquer des données sensibles au gouvernement de Pékin. Dans le même temps, l’UE a voté une loi prévoyant un filtrage étroit des investissements directs étrangers dans les secteurs sensibles et, depuis le 7 janvier 2019, l’université d’Oxford a bloqué les dons pour la recherche et philanthropiques en provenance du groupe chinois. »
De son côté, l’Italie a ignoré les avertissements répétés du Copasir (Comité parlementaire pour la sécurité de la république) et livré certains de ses réseaux à la technologie chinoise : « Dès 2009, explique Giuseppe Esposito, ex vice-président de ce comité, alors que les agences de cybersécurité internationales excluaient Huawei des appels d’offre pour les infrastructures sensibles, l’Italie se tournait vers l’entreprise chinoise pour remplacer Cisco. » Selon Esposito, même la « Panic Room » de la Présidence du Conseil italien est desservie par la technologie chinoise. Nonobstant les déclarations répétées des dirigeants de Huawei, nombreux sont ceux qui s’inquiètent de la sécurité réelle de cet outil…

Révolution culturelle. Vraiment ?

Le cinéaste chinois Zhang Yimou est l’un des grands maîtres du septième art international. Son dernier film, One Second, portant sur l’histoire d’un homme s’échappant d’un camp de rééducation lors de la Révolution culturelle (1966-1976) pour assister à la projection d’un film, vient pourtant d’être retiré du Festival du film de Berlin. Voici ce qu’écrit Wang Zhicheng pour AsiaNews : « Les producteurs du film ont annoncé il y a deux jours que le film ne serait finalement pas projeté durant le festival. L’explication officielle parle de « raisons techniques survenues lors de la post-production » mais des millions de Chinois soupçonnent que ce retrait ne soit le fruit de la censure de Pékin. La Révolution culturelle a été la période d’application la plus radicale de l’idéologie communiste, donnant lieu à une guerre civile entre les Gardes rouges – la jeunesse manipulée par Mao et la Bande des Quatre – et l’armée, qui ne prit fin qu’avec la mort du Grand Timonier. »

Ce retrait laisse songeur dans la mesure où plusieurs œuvres ont déjà abordé la question de la Révolution culturelle, le Quotidien du Peuple allant même à qualifier en 2016 la période « d’erreur » : s’agit-il alors d’un signe, comme le considère AsiaNews, du contrôle renforcé que Pékin exerce à nouveau sur l’information ?

Le recul nécessaire

J’ai souvent écrit, m’appuyant sur les observations d’éminents connaisseurs, que la Chine se comprenait sans doute mieux de l’extérieur. Le monde chinois est en effet tellement autocentré qu’il est difficile d’en saisir la dynamique générale de son intérieur. D’où un nécessaire recul si l’on songe à l’énormité de l’objet à observer, et à sa complexité.

Aurelio Porfiri