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CHRONIQUES CHINOISES 15
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CHRONIQUES CHINOISES 15

Aurelio Porfiri
1 juin 2019

Abandonnés aux loups ?

Dans un article pour UCANews, repris par l’édition internationale de La Croix (ici), un prêtre chinois, le P. John Lo, se livre à une critique véhémente de l’évolution actuelle des relations entre le Saint-Siège et Pékin. Commentant l’intention répétée du pape François de se rendre en Chine, il ne mâche pas ses mots : « Franchement, au lieu de venir en Chine, le pape François devrait condamner les méfaits du Parti communiste chinois (PCC). Face au mépris aggravé du PCC pour les droits de l’homme et à la persécution grandissante de la religion, de nombreux pays osent se lever et condamner les atrocités commises par Pékin. Récemment, après la mort d’un musicien ouïghour du Xinjiang, la Turquie a ainsi exigé que le PCC ferme tous les camps de rééducation de la région. Cependant, non seulement le pape ne condamne pas la répression du PCC contre l’Église en Chine, mais il choisit de coopérer avec Pékin en utilisant l’accord provisoire pour pousser les croyants à accepter de passer sous le contrôle de l’Association patriotique. Il ne s’agit de rien d’autre que de jeter le troupeau aux loups féroces. »
L’article est très dur et le pape n’a certainement pas pour intention de pousser les fidèles à rejoindre l’Association patriotique. Toutefois, et comme le craignaient de nombreux observateurs, la situation créée par l’accord provisoire permet bel et bien au gouvernement chinois d’avoir une capacité coercitive beaucoup plus importante.

Musica sacra

Dans un article d’UCANews consacré au séminaire de musique sacrée que je donne à Hong-Kong, j’explique qu’en Chine l’enseignement de la musique occidentale commence d’ordinaire par l’époque baroque, « ce qui n’a pas de sens car, avant cela, il y a eu la période patristique, la musique médiévale et celle de la Renaissance ». Sans parler des cultures archaïques et populaires.
Cela en dit long sur la connaissance volontairement limitée que les Chinois ont de la musique occidentale, et notamment de leur ignorance de ses expressions les plus chrétiennes. Comme, par ailleurs, notre enseignement musical supérieur est à l’abandon, les étudiants chinois qui y sont accueillis le sont de façon acritique, sans que l’on songe à remédier à leurs lacunes. Or ce sont eux qui, forts de la crédibilité attachée à leurs études européennes, deviendront demain les enseignants qui (dé)formeront à leur tour leurs successeurs…

Bombe à retardement

Parmi les cinq premiers témoignages diffusés lors du sommet sur les abus sexuels dans l’Église, l’un a concerné les violences répétées subies par un religieux asiatique. Après avoir déploré que la plupart de ses supérieurs, en raison des amitiés qui les lient, sont incapables d’arrêter les agresseurs, la victime s’est adressée aux évêques en leur demandant « de prendre des initiatives très claires, parce que c’est l’une des bombes à retardement dans l’Église en Asie ».
« Si vous voulez sauver l’Église, a-t-il poursuivi, il faut réagir et désigner les agresseurs par leur nom et prénom. Nous ne devons pas permettre que les amitiés l’emportent, parce que cela détruira toute une génération d’enfants. Comme le disait Jésus, nous devons devenir comme des enfants ; pas des agresseurs d’enfants ! »
Je crois, moi aussi, qu’il s’agit d’une bombe à retardement dont le déclenchement est ralenti par la peur de contester l’autorité – bien plus grande en Asie qu’en Europe ou aux États-Unis. Mais lorsqu’elle explosera, attention à la déflagration…

Schizophrénie

Dans un article pour AsiaNews, le P. Stanislaus témoigne de la schizophrénie chinoise dans le domaine religieux :
Dimanche dernier, […] pendant que j’écoutais les confessions, des fidèles sont venus me chercher, me disant que les responsables du Parti les avaient invités à retirer toutes les inscriptions religieuses affichées à l’occasion de la fête du Nouvel An et à les remplacer par d’autres de nature civile. Quand je leur ai demandé pourquoi, ils m’ont répondu que c’était un ordre d’en-haut. J’ai ensuite demandé de quel chef et de quel service provenait cet ordre. Ils m’ont répondu : « Du Bureau des affaires religieuses. » J’ai donc téléphoné au directeur local pour lui demander des explications. La principale raison, m’a-t-on dit, était que le personnel du Bureau provincial pour la réduction de la pauvreté avait prévu de faire des contrôles inopinés et que si ces écrits religieux avaient été aperçus, leurs auteurs en auraient été sévèrement punis. […] J’ai interrogé les responsables du gouvernement local et provincial à ce sujet qui m’ont répondu qu’il n’y a jamais eu de demande similaire par le passé et que cette façon de faire est bien entendu erronée. Ai-je mal entendu ou serait-ce que le Parti souffre de schizophrénie et est profondément divisé ? Quelqu’un, je ne peux pas dire qui, m’a dit en secret que les fonctionnaires des affaires extérieures et ceux des affaires intérieures avaient des directives complètement différentes.
Il est décidément bien compliqué de comprendre quoi que ce soit à la Chine…

Rites et cérémonies

Dans son « Histoire de la pensée chinoise » (Storia del pensiero cinese, éditions Newton Compton), Paolo Santangelo nous offre cette réflexion : « En parcourant les pensées de Confucius, nous trouvons une attention constante au Li, un concept extrêmement complexe, qui inclut des rites, des cérémonies, mais aussi des normes et des modèles de comportement traditionnel, et tout ce système de bonnes manières basées sur l’honneur, le respect et la dignité, qui régissait les relations entre les membres de la classe instruite. » Les Chinois sont en effet très attentifs à certains comportements élémentaires et sont en quelque sorte beaucoup plus « rigides » dans leurs relations avec les autres, ce qui explique sans doute la plus grande régularité de leurs performances mais aussi leur moindre créativité.

Aurelio Porfiri