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La justice civile, un paravent bien commode
a1, Brèves

La justice civile, un paravent bien commode

Redaction
8 juin 2019

Le 28 mai dernier, le pape François a donné un long entretien à la télévision mexicaine. L’agence Zenit en a traduit de larges extraits en français. Pour notre propos actuel, nous nous concentrerons sur la partie qui concerne les questions à propos de l’affaire McCarrick, qu’il est possible de lire ici.

Au cours de l’entretien, le pape a défendu la position qu’il avait tenue dans l’avion au retour de son voyage à Dublin (26 août 2018) à propos des accusations portées le matin même par Mgr Carlo Maria Viganò : il avait alors affirmé avoir bien lu la fameuse lettre de ce dernier mais avait refusé de la commenter pour mieux laisser les journalistes se faire leur propre opinion.

Dans ses réponses à Valentina Alazraki, l’une des vaticanistes internationales les plus capées, il a révélé avoir choisi le silence en raison d’une affaire judiciaire qui regardait Mgr Viganò et qui s’est conclue quelques semaines plus tard en sa défaveur (*). Le pape François signifie très clairement, quoiqu’implicitement, que ce procès révèle la personnalité trouble de Mgr Viganò. Pour une analyse plus fine de ce point nous vous invitons à lire cet article de Sandro Magister.

En ce qui nous concerne, nous nous limiterons simplement à nous étonner – pour le moins – du critère choisi par le Souverain Pontife pour se soustraire à son accusateur : les démêlés de celui-ci avec la justice civile. Outre que le procédé ne semble ni charitable ni honnête dans la mesure où les faits reprochés à l’archevêque n’ont pas de rapport avec son affirmation d’avoir, le 23 juin 2013, mis au courant le pape François des mesures prises contre McCarrick par Benoît XVI, il confirme la tendance actuelle de l’Église à se cacher derrière les décisions de la justice civile. Du moins quand ça l’arrange.

Car il y a un homme d’Église qui, depuis 5 ans, continue d’être vilipendé et traîné dans la boue par les hommes du pape François alors qu’il gagne procès civil sur procès civil. Il s’agit du père Stefano Manelli, fondateur des Franciscains de l’Immaculée, qui a vu tous ses accusateurs – y compris les commissaires apostoliques nommés par le Saint-Siège – défaits par la justice italienne. Pourtant, rien n’a été fait au Vatican pour lui rendre justice : ni en lui présentant des excuses pour les calomnies répandues contre lui, ni en mettant fin au commissariat de son institut ni même en explicitant, enfin !, la nature des faits qui lui sont reprochés.

Les décisions de la justice civile ne seraient-elles donc dignes de considération que lorsqu’elles sont à l’avantage du Saint-Siège, demeurant le reste du temps un paravent bien commode pour ne pas répondre à des accusations trop précises pour être démenties ? La question mérite d’être posée.

(*) Il s’agit d’une affaire de gestion des biens familiaux pour laquelle le tribunal de Milan l’a condamné en novembre 2018 à rembourser 1,8 million d’euros à l’un de ses frères.

Redaction