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La propriété, un péché franciscain ?
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La propriété, un péché franciscain ?

Henri Maximilien
6 juillet 2019

L’attribut proverbial de saint François d’Assise est évidemment la pauvreté. Il était notamment farouchement opposé à ce que ses confrères possèdent quelque maison. Sur cette question bien précise les chroniques franciscaines nous laissent deux exemples éloquents.

Ainsi pour un chapitre qui devait se tenir à la Portioncule, dans la plaine d’Assise, la commune fit construire une maison pour permettre aux frères la tenue de ce rassemblement si important. Rien que de très naturel en somme… Mais pas pour saint François : à la vue de ce bâtiment – qui avait en plus l’outrecuidance d’être en pierre et non pas en bois pauvre – il se rua sur le toit et commença à en ôter les tuiles, intimant à ses frères l’ordre de faire de même. Il fallut l’intervention des chevaliers de la ville qui lui confirmèrent que la maison appartenait non pas aux frères mais bien à la commune pour le stopper dans sa résolution. Respectant par ailleurs la propriété privée, saint François laissa la maison sur ses fondations.

Ailleurs, entre Vérone et Bologne, saint François apprit qu’une certaine demeure était appelée ‘’la maison des frères’’, véritable titre de propriété pour le Père Séraphique : son sang ne fit qu’un tour et il en expulsa personnellement tous les religieux, même les malades ! Le cardinal Hugolin, futur pape Grégoire IX et protecteur de l’ordre franciscain, dut intervenir publiquement et signifier sans équivoque que la dite maison lui appartenait pour que les frères puissent l’occuper à nouveau.

Ces épisodes font apparaître la cohérence paradoxale de saint François. La morale catholique accorde une grande importance au respect de la propriété privée – véritable espace de respiration de la famille, cellule de base de la société. Pour saint François, il suffira d’avoir la certitude que la maison appartienne à quelqu’un d’autre que les frères pour la restituer à l’usage voulu par le propriétaire – en l’occurrence pour que les frères y habitent. De plus, la pauvreté est pour saint François une simple extension de la charité, à l’image du Christ qui se dépouille de tout pour nous donner son salut.

La pauvreté commence donc par lui-même et ses frères qui en ont fait profession – pauvreté bien ordonnée commence par soi-même. Que d’autres possèdent des biens n’est pas un problème pour saint François, mais pour les siens il est intransigeant.

Henri Maximilien